La Promenade

Il est 19h, le moment pour elle de se préparer à sortir. Ajuster sa coiffure, un peu compliqué après 60 jours d’isolement, mais ce n’est pas grave, pour rien au monde elle ne manquera cette instant… Je suis inquiète tout autant qu’elle, mais je ne le montre pas. Encore un instant avant de passer la porte pour vérifier que nous n’avons rien oublié, le gel de précaution et un masque par sécurité. C’est aussi une recommandations au cas ou surviendraient les angoisses d’exclusion sociale, il faut respecter la façon dont elle souhaite se présenter pour la première fois à la vie extérieure, respirer à nouveau l’air libre, se retrouver à marcher le long d’une rue, au milieu d’une place. Son souhait, une protection respiratoire.

Cette sensation étrange de marcher sur une planète inexplorée, comme à peine débarqué en sol mystérieux est totalement inquiétant. Sommes nous devenus des explorateurs du XXI siècle, me demande-t-elle? Oui probablement! Des archéologues du futur… Avec son insouciance, elle me demande si demain nous irons acheter les crayons dont elle a besoin pour son travail scolaire….Elle ne sait pas, que chaque jours que nous vivons depuis le 14 mars est identique à celui d’aujourd’hui….

Nous avons oublié que l’imagination des enfants est débordante, qu’ils vivent en immersion totale au quotidien, que c’est leur instinct de survie. Oui nous sortons en grands explorateurs, curieux à la (re)découverte de notre astre, une loupe à la main, non pas pour agrandir les micro organismes, mais plutôt pour ausculter au loin qui nous parle, qui s’approche. Certainement cette imagination laissera sa place au quotidien petit à petit, je ne dis pas qu’on oubliera, mais nous vivrons avec de nouvelles habitudes, de nouvelles expériences, règles et modes….

Depuis une demi heure nous marchons, le souffle devient court et saccadé, les poumons se fatiguent, mais elle tient bon encore un petit effort pour dépasser les limites. Il fait beau, des parents parci par par-là qui se baladent en tenant un enfant par la main. Certains, les plus petits, ont sorti leur bicyclette à 4 roues et pédalent le plus vite possible pour avoir cette sensation de liberté… D’autres courent, courent même s’ils se font attraper aussitôt, mais quel bonheur, quelle joie…. quelle vie!! L’herbe, les feuilles, la lumière, le ciel…On marche encore sous les derniers rayons de soleil, juste a temps pour voir passer la caravane des hommages à sirènes déployées, ce soir les ovations sont pour toi! Toi qui affronte cette situation comme tout tes petits semblables d’une façon exemplaire, avec courage et détermination, beaucoup d’espoir, sans résignation et un peu résignée.

Il est temps de rentrer, le corps rempli d’oxygène, on en a la tête qui tourne…. ce soir le sommeil sera rempli de fleurs parfumées, de clarté, de nuage blanc…

Depuis une semaine ce rituel quotidien a déréglé nos habitudes, si on peut les appeler habitudes! Journée d’école dans un bureau, une pièce de l’appartement, un peu sombre et pas encore rangée du déménagement. Les repas élaborés par Tac digne d’un resto étoilé, aux facettes des plus traditionnelles à l’exotique. Des après-midi digestion et cette dernière sortie avant un nouvel aménagement des horaires. Demain on mélange tout et on recommence…. ces ajustements changeront probablement chaque semaine et nous feront petit à petit oublier les temps vécus, ça nous aidera délicatement à trouver un équilibre différent, sans nous en rendre compte.

Mais quel choix avons nous au final… Même si chaque pays a sa propre gestion, si les populations sont distinctes, à la génétique particulière… le résultat? Ne change pas. Finalement nos actes restent limités et est-ce vraiment utile et/ou bénéfique pour notre bien-être mental de faire opposition constamment, critiquer, voir même dénoncer… La paix intérieure peut se trouver même dans les situations injustes, être bien avec sois même, sans faire de mal à son prochain, avec un respect total de tous les individus en passant par soi même.

3 réflexions sur “La Promenade

    1. Oui tout à fait d’accord, même si je nous considère chanceux, nous sommes sortis par obligation à cause de notre chien… Mais pour elle, c’était étrange… même pour moi, de l’avoir près de moi. Bon courage par chez toi. (J’ai fait un tour dans tes articles et j’ai lu celui du DAEFLE, je t’écrirai prochainement 😁)

      J'aime

  1. Forcément il y aura l’avant et l’après de cette période. Bien des choses auront changé, en bien ou en mal mais notre vie s’en trouve chamboulée. Il faudra tout redécouvrir, est-ce un mal ?
    C’est surtout les retrouvailles des familles qui marquera le coup.

    Aimé par 1 personne

Les commentaires sont fermés.